La Russie est-elle en train de perdre son emprise sur les ressources naturelles africaines ? par Kélian Sanz Pascual et Thomas Cattin
28 octobre 2026
Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, la Russie réorganise sa stratégie d’exploitation des ressources naturelles en Afrique. Dans une carte commentée publiée le 27 septembre 2026 sur Diploweb, Kélian Sanz Pascual et Thomas Cattin, doctorants à l’Institut français de géopolitique (IFG), chercheurs associés à GEODE et membres de Cassini Conseil, analysent cette recomposition et ses limites.
La stratégie « sécurité contre ressources »
Depuis les années 2000, la Russie cherche à sécuriser son accès aux ressources naturelles africaines et à renforcer son influence sur le continent. Ses entreprises se sont implantées dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le diamant en Angola, la bauxite en Guinée et l’or au Burkina Faso.
À partir de la fin des années 2010, Moscou s’appuie également sur le réseau Wagner, qui propose des services de sécurité et de soutien politique à certains régimes en échange d’un accès aux ressources minières. Ce modèle, dit de « sécurité contre ressources », privilégie la captation des revenus extractifs plutôt que le développement de filières industrielles locales.
La guerre en Ukraine fragilise les positions russes
Les sanctions internationales et les restrictions financières imposées depuis 2022 fragilisent les activités russes en Afrique. Certaines entreprises doivent revoir leurs projets ou céder des actifs. Alrosa a ainsi dû renoncer à ses parts dans la mine de diamants de Catoca, en Angola, tandis que Lukoil a été contrainte de mettre en vente ses actifs internationaux.
Pour préserver ses intérêts et contourner les sanctions, la Russie s’appuie notamment sur des restructurations et des sociétés intermédiaires, en particulier dans le secteur aurifère.
Un déplacement des intérêts vers le Sahel et l’Afrique de l’Ouest
Face à ces difficultés, la Russie renforce ses partenariats au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Au Mali, le groupe russe Yadran participe à un projet de raffinerie d’or. Au Niger, des accords portent sur l’exploration minière et l’exploitation de l’uranium. Ces initiatives accompagnent le rapprochement de Moscou avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Les enjeux géopolitiques dépassent toutefois le seul secteur minier. L’accès aux ports ouest-africains facilite les échanges et pourrait soutenir les exportations de ressources. La Russie cherche également à renforcer sa présence dans les zones de pêche africaines, devenues plus stratégiques depuis les restrictions en mer Noire.
Une résilience encore incertaine
La Russie tente ainsi de préserver son influence en réorientant ses activités extractives vers de nouveaux territoires. Cette stratégie témoigne d’une convergence croissante entre ses intérêts économiques et ses ambitions géopolitiques. Toutefois, les difficultés financières des entreprises russes, l’insécurité régionale et les incertitudes entourant plusieurs projets limitent la portée de cette recomposition.
