De la dissuasion aux stratégies opaques : repenser les opérations cyberoffensives, par Jonathan Guiffard
Institut Montaigne
15 juin 2026
Auteur
Dans cet article du Rubicon, Jonathan Guiffard, doctorant à l’Institut Français de Géopolitique et chercheur associé GEODE, explique pourquoi le concept de « dissuasion », issu du concept de la dissuasion nucléaire, est mal adapté pour comprendre les cyberattaques étatiques, contrairement à ce que pensent depuis longtemps les stratèges, notamment étasuniens.
L’auteur identifie plusieurs raisons à cela : l’attribution des cyberattaques reste très difficile et souvent tardive ; les outils cyber ont une durée de vie limitée car les failles exploitées disparaissent rapidement ; les systèmes touchés peuvent être réparés relativement vite (contrairement aux dégâts d’une frappe nucléaire) ; utiliser une arme cyber en révèle le code et favorise sa réutilisation par d’autres ; et surtout, une opération cyberoffensive doit rester discrète pour réussir, ce qui est contradictoire avec l’idée de brandir une menace pour dissuader.
Face à ces limites, Jonathan Guiffard propose un autre cadre de pensée : celui des stratégies opaques, qui rapproche les cyberopérations étatiques du renseignement, de l’action clandestine et des opérations spéciales. Selon lui, ces opérations servent avant tout à collecter du renseignement, à se positionner discrètement dans les réseaux adverses pour une utilisation future, ou à produire des effets stratégiques et politiques précis. La stratégie reste d’être toujours dans la discrétion plutôt que dans la démonstration de force.
Ainsi, puisqu’on ne peut pas dissuader correctement ce type d’opérations, la France et ses alliés devraient au contraire accroître leur engagement offensif dans le cyberespace, en s’inscrivant dans cette logique de renseignement et de discrétion plutôt que dans celle, inadaptée, de la dissuasion.
