Tribune dans le Monde, par Héloise Fayet et Claudia Major
Le Monde
31 mars 2026
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Quel avenir pour la défense européenne et quelle place pour la dissuasion nucléaire ? Dans un contexte géopolitique profondément bouleversé, ces questions s’imposent au cœur des réflexions stratégiques du vieux continent. À la veille du discours très attendu du président français Emmanuel Macron, les chercheuses Héloïse Fayet et Claudia Major ont publié une tribune dans Le Monde afin d’analyser les attentes des Européens.
Les autrices constatent l’émergence d’une « nouvelle ère nucléaire » marquée par une remise en cause des certitudes en matière de sécurité. Longtemps centrés sur l’OTAN, les Européens s’interrogent désormais sur le rôle que pourrait jouer la dissuasion française dans la protection du continent.
Ce regain d’intérêt s’explique principalement par deux évolutions majeures. D’une part, l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, qui illustre le rôle central des armes nucléaires dans la stratégie de Moscou, notamment pour dissuader toute escalade occidentale. D’autre part, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025, qui ravive les doutes quant à la fiabilité de l’engagement américain envers la sécurité européenne.
Ces deux facteurs font peser un risque de « dissuasion insuffisante » : les adversaires de l’Europe pourraient percevoir un décalage entre ses intérêts et sa capacité (ou sa volonté) de les défendre. Or, la dissuasion ne repose pas uniquement sur les capacités militaires, mais aussi sur la crédibilité perçue par les autres acteurs.
Face à ce constat, l’intérêt pour des alternatives nucléaires s’accroît, mais aucune solution ne s’impose clairement. Les autrices examinent plusieurs options, toutes imparfaites :
- Le maintien de la dépendance à la dissuasion américaine, fragilisée par une possible perte de crédibilité.
- Le renforcement du rôle des forces nucléaires françaises et britanniques, limité par des contraintes politiques et capacitaires.
- La construction d’une dissuasion européenne intégrée, jugée irréaliste à court terme faute d’intégration politique suffisante.
- Le développement de programmes nucléaires nationaux, risqué pour la stabilité internationale et la non-prolifération.
- Le recours accru aux capacités conventionnelles, coûteux et stratégiquement moins dissuasif.
Dans ce contexte, la France apparaît ainsi comme un acteur central. Depuis 2020, elle a amorcé un dialogue avec plusieurs partenaires européens, traduisant une ouverture progressive à un rôle accru. Toutefois, l’enjeu n’est pas de reproduire le modèle américain, mais de construire une stratégie proprement européenne, adaptée aux spécificités du continent.
Aussi, le discours d’Emmanuel Macron est perçu comme une opportunité majeure. Les alliés attendent des engagements clairs : une volonté politique d’assumer un rôle renforcé dans la défense européenne, mais aussi des garanties de continuité dans le temps. Pour les autrices, ce discours pourrait constituer une étape décisive vers une forme d’autonomie stratégique européenne en matière de dissuasion.
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Pour aller plus loin, Héloïse Fayet est également intervenue dans plusieurs médias : vous pouvez retrouver ses prises de parole ci-dessous.
>> Son passage sur ARTE <<
>> Son passage sur FranceInter <<
